Actes de banditisme ici, crimes de sang là-bas, vindicte populaire ailleurs…Il n’y a quasiment plus de jours où les divorcés sociaux ne se rappellent aux bons souvenirs des populations, désabusées et impuissantes face aux actes ignobles des hors la loi. Aussi bien dans les villes que dans le Bénin profond, les malfrats ont repris d’activités. Comme si la police républicaine avait jeté l’ancre, elle, chargée d’assurer la sécurité des personnes et des biens.

Manta, commune de Boukoumbé. Des élus locaux conduisent un homme dans un commissariat de la commune. Celui-ci serait en train de roder autour d’une maison, avec un pistolet artisanal. Fidèle Combetti – ainsi répondait l’infortuné- père de 15 enfants, selon des sources proches du lieu du drame, est confié aux forces de l’ordre. Il est mis en garde à vue.

Dans la nuit profonde, des individus débarquent, assiègent le commissariat et réclament le supposé rodeur. Les deux agents en poste ne purent rien pour éviter le pire. Fidèle Combetti sera charcuté, tué et abandonné dans son sang. L’insolite continue de défrayer la chronique. Aussi bien à Boukoumbé que dans tout le pays, puisque le drame est balancé sur les réseaux sociaux.

 Des scènes du genre deviennent fréquentes depuis quelques semaines dans certaines villes et communes du pays. Que diantre font les agents de la police républicaine ? Grande interrogation devenue inquiétude générale. En effet, on ne les sent plus, les agents de la police républicaine dont on disait grand bien il n’y a pas si longtemps. Les rondes nocturnes, autrefois fréquentes et régulières, ont disparu. Il devient de plus en plus rare de croiser les flics parqués dans leur 4×4, sillonnant coins et recoins de nos villes et campagnes la nuit. Du coup, les bandits de grand chemin ont repris boulot. Arrachant motos ici, braquant automobilistes là-bas. Passe encore si ces vils individus se contentaient de dépouiller seulement leurs victimes de leurs biens. Mais non, ces divorcés n’éprouvent parfois aucune gêne à ôter la vie à leurs proies.

Face à l’impuissance apparente des forces de l’ordre, certains citoyens se sont résolus à se défendre eux même. Et une telle résolution ne saurait profiter à personne. Car la vindicte populaire constitue, elle aussi, un fléau tout aussi dangereux à combattre au même titre que les actes ignobles commis par les criminels.

Une réforme mal pensée ?      

« L’ère du policier ou du gendarme posté au bord de la voie ou dans nos contrées est révolue ».Ainsi parla le chef de l’Etat, Patrice Talon, justifiant la réforme par lui initiée des forces de sécurité, notamment la police et la gendarmerie. Les deux corps, juste-ici séparés, avec des domaines de compétence bien précis, devraient fondre, donc disparaitre, en lieu et place d’une force unique de sécurité interne-FUSI-  

Comme si le locataire du palais de la Marina peinait à se convaincre du bien-fondé de sa réforme chez ses compatriotes, il renchérit dans sa justification : « Les défis sécuritaires de notre temps ont changé de nature et de dimension et nous imposent une cohérence d’actions et une meilleure organisation de nos forces de sécurité publique ».Soit ! Aux yeux du patron de l’Exécutif, les missions classiques jadis assignées aux forces de l’ordre chargées d’assurer la sécurité des personnes et des biens aurait fort évolué dans un environnement mondial où les enjeux se sont déplacés vers la prise en charge de nouveaux risques .

Ici, le chef de l’Etat doigte, entre autres fléaux contemporains, le terrorisme, la cybercriminalité, le trafic de drogue et de substances illicites de tous genres en bandes organisées avec des modes opératoires de plus en plus sophistiqués. Pour Talon, « ces menaces exigent une nouvelle définition des rôles et de nouvelles compétences davantage tournées vers le développement du renseignement ».On se souvient, à ce propos, de cette fameuse loi votée, relative aux renseignements dans notre pays, loi du reste décriée par les défenseurs des droits de l’homme.   

Mais le chef de l’Etat ne tint aucun compte des frondeurs. Le chantre de la rupture paraissait sûr de son fait, de sa réforme : « L’efficacité de l’organisation des forces de sécurité publique repose désormais partout dans le monde sur la capacité à anticiper les risques à travers la collecte d’informations précieuses et le pistage des porteurs de risques », avait martelé le chef de l’Etat. Nombreux furent des spécialistes des questions de sécurité à douter de la justesse desdites réformes de Talon. Mais, c’était engagé.

Privé du droit syndical et du droit de grève, même si ses membres pourront désigner des délégués du personnel, la police républicaine se mit au travail. « Tout nouveau, tout beau ». Les agents de la police républicaine mirent du cœur à l’ouvrage. Bravant ciel et terre, ils réussirent à faire oublier les moments noirs vécus par les Béninois à une époque donnée, justement à cause des malfrats qui avaient instauré la terreur sur toute l’étendue du territoire national. L’euphorie ne dura que le temps d’une rose. Nous voilà replongés dans ces tristes réalités : l’insécurité tous azimuts.

Esmer Kakpo

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