Avec tambours et trompettes, le gouvernement de la rupture avait annoncé sa ferme volonté de traquer la corruption, première cause de pauvreté de notre pays. Ce faisant, le régime s’était lancé un véritable challenge : réussir là où tous ces prédécesseurs avaient échoué. Plus de quatre ans après, où en sommes-nous ? A la case départ. Sinon moins. Et ce n’est point étonnant. Le ver est dans le fruit. Alors même qu’on proclamait à hue et à dia la lutte contre la corruption, tout l’arsenal juridique et législatif qui devrait accompagner le projet le plombait plutôt. Passons à autre chose. La lutte contre la corruption sous la rupture est aussi vouée à l’échec. Plus que sous les autres régimes.

A son installation au palais de la Marina, l’actuel locataire avait juré de rendre la vie dure aux fossoyeurs de l’économie. Il en avait fait son cheval de bataille. Les Béninois avaient cru au mot, tant la détermination du chef de l’Etat sur la question ne laissait planer l’ombre du moindre doute. Seulement, l’illusion ne dura pas longtemps. Les premiers actes posés dans ce sens n’ont rassuré personne, sauf les sots et les dupes. En effet, comme le fera observer à juste titre notre compatriote Constant Sinzogan, lui, certainement pas dupe, « Dire qu’on lutte contre la corruption en ne luttant que contre cette forme primaire et classique de délinquance économique, c’est juste donner des coups d’épée dans l’eau si la forme la plus élaborée, la plus prédatrice qui a la couverture légale de la loi et des décisions publiques continue d’avoir cours et de sévir. »Pertinente réflexion s’il en est, au regard des premières actions «d’éclat » du régime de la rupture dans sa fameuse lutte contre la corruption.
Affaire Mètongnon
L’affaire Mètognon ! En voilà une. Du nom du célèbre syndicaliste, secrétaire général de la puissante Fédération syndicale des travailleurs des Finances, Fésyntra-Finances, cette affaire défraya pendant longtemps la chronique, à, cause que ce fut la première action d’envergure du régime de la rupture, alors engagé et déterminé à éradiquer la corruption au Bénin-comme si seulement c’était possible. Laurent Mètongnon, au moment des faits, président du conseil d’administration de la Caisse nationale de sécurité sociale, CNSS, au terme d’un procès ubuesque où les juges furent incapables de démontrer la pertinence des faits reprochés aux mis en cause, vu la vacuité du dossier, Laurent Mètongnon et ses amis d’infortune, disais-je, furent privés de leur liberté. Ces cadres émérites de l’administration des finances séjournent toujours en prison pour « fait de corruption », a-t-on dit. Quoi encore depuis cette nébuleuse affaire ? Rien ! Enfin…
Un officier de police judiciaire relevé de son poste pour avoir soutiré quelques billets des fonds de roulement de sa structure à lui confiés. Un magistrat sauté, envoyé en prison pour quasiment les mêmes faits. Un flic renvoyé à la maison pour avoir rançonné un chauffeur de taxi. Des enseignants envoyés au chômage pour avoir utilisé pour leurs propres comptes des vivres destinés à leurs apprenants. Et la liste n’est pas close. Est-ce cela la lutte contre la corruption qui appauvrit l’Etat ?
Non ! Répond, péremptoire, Constant Sinzogan, dans une belle opinion que nous vous proposons d’ailleurs en fin du papier. « Ce qui tue un pays, croit savoir l’observateur averti de la scène politique nationale, ce ne sont pas les faits de détournement classique où un cadre comptable se fourvoie dans un trafic en écritures, où un trésorier s’empare de la caisse remplie de centaines de millions et disparaît dans la nature, où des agents de police rackettent les usagers de route, où quelques douaniers minorent des valeurs au profit de leurs poches ». Et Sinzogan poursuit sa démonstration, imparable. « Ce n’est pas non plus des faits de prévarication par quelques employés, ce n’est pas, en d’autres termes, la corruption à la petite semaine et la peccadille qui tuent un pays. Et il ne pense pas si bien dire. Ces miettes volées par certains agents indélicats ne sauraient mettre l’économie nationale en difficulté. Loin s’en faut.
Ce dont le régime de la rupture devrait s’attaquer si tant est qu’il entend faire mieux que les régimes précédents sur le sensible volet de la lutte contre le fléau, c’est la corruption à grande échelle. Celle-là qui prive l’Etat des fonds devant lui permettre de mettre sa politique en application à effet d’offrir le minimum social commun aux populations.
Au demeurant, certaines nations l’ont si bien compris qu’elles ont mis en place un arsenal qui permet véritablement de barrer le chemin à la gangrène. Suivons ce qui se passe ailleurs, selon Sinzogan. « Ce sont, pour les blancs, l’organisation et la constitution du monopole privé, les prévarications dans l’attribution des marchés publics, la captation par le seul et même pôle des marchés publics, l’optimisation fiscale, les niches fiscales, les dérogations fiscales fantaisistes, les exonérations de charges et d’impôts fantaisistes qui tuent véritablement un pays ». Ce sont ces pratiques, véritables incubateurs de la haute corruption, qu’il faut combattre avec la plus grande énergie. Le reste n’est que saupoudrage. Et c’est dans ce registre que le gouvernement de la rupture semble exceller. Lutte contre la corruption, ce n’est certainement pas demain la veille du début du commencement.
Manu Folashadé _________________________________________

Ce qui tue véritablement un pays…le nôtre
Par Constant Sinzogan
Ce qui tue un pays, ce ne sont pas les faits de détournement classique où un cadre comptable se fourvoie dans un trafic en écritures, où un trésorier s’empare de la caisse remplie de centaines de millions et disparaît dans la nature, où des agents de police rackettent les usagers de route, où quelques douaniers minorent des valeurs au profit de leurs poches.
Ce n’est pas non plus des faits de prévarication par quelques employés, ce n’est pas, en d’autres termes, la corruption à la petite semaine et la peccadille qui tuent un pays.
Dire qu’on lutte contre la corruption en ne luttant que contre cette forme primaire et classique de délinquance économique, c’est juste donner des coups d’épée dans l’eau si la forme la plus élaborée, la plus prédatrice qui a la couverture légale de la loi et des décisions publiques continue d’avoir cours et de sévir.
Les blancs l’ont compris, pas parce qu’ils ne luttent pas contre l’autre forme classique de détournement et de prévarication, bien-sûr, ils mènent cette lutte. Mais ils font beaucoup plus attention à la forme la plus sournoise, la plus élaborée, la plus organisée du crime économique, laquelle n’a l’air de rien, et mieux, revêt tant bien même toute la légalité requise en se conformant aux lois taillées sur mesure, aux décrets pris à dessein.
Ce sont, pour les blancs, l’organisation et la constitution du monopole privé, les prévarications dans l’attribution des marchés publics, la captation par le seul et même pôle des marchés publics, l’optimisation fiscale, les niches fiscales, les dérogations fiscales fantaisistes, les exonérations de charges et d’impôts fantaisistes qui tuent véritablement un pays.
Et ces blancs ont raison si on prend l’exemple d’un petit pays d’Afrique de l’ouest qui ne s’en sort pas vraiment tant bien même que la lutte contre la forme classique et primaire de corruption est acharnée, menée avec hargne et détermination pendant que la forme élaborée de corruption qui annihile la concurrence et promeut les monopoles sévit avec impunité à l’abri des lois, décrets et décisions publiques.
Puisque quand une entreprise dans ce petit pays ferme et envoie ses salariés à la maison et ne paye plus d’impôts, ce n’est pas directement parce qu’un policier a racketté toute la journée les automobilistes sous un parasol, qu’un douanier a abusé d’un importateur au port, qu’un comptable dans la réclusion de son bureau a faussement passé une écriture.
Une entreprise ferme beaucoup plus parce qu’elle subit la concurrence déloyale d’une autre qui gagne à tous les coups tous les marchés, et elle rien, cette entreprise ferme parce qu’elle n’en pouvait plus de supporter la charge fiscale à elle imposée alors qu’elle l’aurait dû la partager avec une autre entreprise plus grande et plus forte en terme de réalisation de bénéfice mais qui est exonérée d’impôts.
Ce n’est pas parce qu’un employé public, un cadre de société se compromet dans un quelconque acte de prévarication, qu’un agent de l’État abuse des frais de mission que l’argent manque dans ce petit pays ouest-africain. L’argent y manque parce qu’il y a un monopole privé qui y sévit. Et pourquoi ?
Pourquoi parce que quand l’employé, le cadre de l’État, le douanier «volent», ils ne menacent pas subséquemment le marché de consommation et d’emplois, au contraire, ils l’animent. Mais quand un monopole sévit comme c’est le cas dans ce petit pays ouest-africain, il en menace le marché de consommation et d’emplois.
Puisque le bénéficiaire du monopole privé à qui revient la grosse part de l’argent en circulation dans ce petit pays ouest-africain par un système d’entonnoir, n’utiliserait qu’un chauffeur, qu’un jardinier, qu’un cuisinier, qu’un comptable, qu’un blanchisseur… il ne s’habillerait que de 4m de tissu, ne mangerait que pour remplir son seul estomac.
Et le trop plein d’argent appartenant à une seule personne dans ce petit pays ouest-africain en sort par évasion fiscale et de devises pour se loger sur des comptes bancaires dans des paradis fiscaux à l’étranger.
Ce qui fait que ce petit pays ouest-africain ne s’en sort pas c’est quand ledit pays, le seul sur la planète terre, décide de ne percevoir aucune taxe sur l’importation d’un produit hautement suspecté cancérigène, le glyphosate, classé produit de 1ère nécessité alors que l’importation de l’eau minérale, elle, est taxée.
Ce qui fait que ce petit pays ouest-africain n’y arrive pas, c’est quand ce pays décide, et là aussi c’est une exception mondiale, d’exonérer de taxes et d’impôts une entreprise privée chargée de collecter des taxes auprès des importateurs et de les partager avec l’État.
Ce n’est ni le douanier abuseur, ni le policier racketteur, l’argent indélicat, le comptable roubleur qui fait couler ce petit pays, mais les décisions ubuesques, d’exception mondiale, le tout au profit d’un homme qui affaiblit ce petit pays comme avaient été affaiblis les États-Unis sous le monopole de Rockfeller débouchant sur la grande dépression de 1929, le Liban sous la coupe politico-économique de la famille Hariri dans les années 80, les Philippines sous le monopole du couple Marcos toujours dans les années 80.
Constant Sinzogan
« Nous ne sommes pas sortis de l’ornière et beaucoup
reste à faire», selon Boni Richard Ouorou
Le Bénin continue de récolter de bonnes notes auprès des agences spécialisées. On pourrait donc penser que l’économie nationale se porte bien. Pourtant, il n’en est rien, selon Richard Boni, lequel estime que le Bénin n’est pas sorti de l’ornière. Suivons-le.
Dans l’espoir que vous allez encore bien aujourd’hui, Je viens de lire à l’instant que le bénin notre pays aurait conservé sa note B+ accordée par l’agence de notation Standard & Poor’s ce qui n’est pas faux. Et en l’occurrence, il semble à première vue que nous aurions mieux fait!
Dans certains domaines, en effet, il faut l’avouer, il y a eu de l’amélioration (timide) depuis 2016 concernant le commerce et les avancées superficielles du domaine de la fiscalité.
La lutte contre la corruption (sanction unidirectionnelle), la corruption dans une certaine mesure va baisser compte tenu des politiques de dématérialisation mises en place et de la rigueur budgétaire et ce n’est pas plus mal.
Ce qu’il faut retenir de ces annonces tapageuses : est qu’il n’y a pas tant que ça de mérite. Les deux notes, celles de SP et celle de IBP (international Budget partnership), montrent d’ailleurs pour le premier que nous sommes encore dans la zone grise, entre très spéculative et très risquée, sachant que, la principale conséquence d’être dans la catégorie spéculative (B+) pour un émetteur (bénin) est que ça réduit la base des investisseurs pouvant investir dans nos obligations, en même temps que ça renchérit le coût des financements.
Celle de la transparence budgétaire qui est notée sur 100 avec nos 49 points (2019) donc plus de 10 que la dernière fois; montre que nous avons certes évolué, mais nous sommes encore en dessous de la moyenne donc en échec si on était au lycée E.
Cependant, le plus important est que cette transparence soudaine n’est pas structurelle, mais plutôt conjoncturelle. Elle est la résultante des politiques conjoncturelles mises en place pour booster, par défaut, l’accès aux prêts privés beaucoup plus demandant et tributaire de la pression fiscale qui s’abat depuis quelque temps sur les Béninois.
En somme, nous ne sommes pas sortis de l’ornière et beaucoup restent à faire sur tous les plans, d’ailleurs il ne peut y avoir de transparence dans un espace public hostile à la liberté d’expression et à toutes les autres libertés.
Il serait donc utile à la presse (si elle en a la possibilité), d’aller lire elle-même les rapports disponibles sur les sites de la banque mondiale et du FMI, ensuite, de lire les commentaires et les méthodologies que suivent les agences de notation avant de rédiger les articles, qui somme toute, fondent leurs analyses sur des perceptions à sens unique.

La croissance au bénin est sectorielle et non inclusive; par conséquent, ces annonces, ne, font beaucoup de bruit, que pour soulager la conscience des politiciens (impliqués dans les secteurs à croissance), alors que concrètement, elle n’apporte pas de valeur ajoutée au quotidien des populations.
Le chef de l’État l’a lui-même d’ailleurs avoué en marge à son interview sur la pandémie de la covid19, que la croissance n’a pas produit de l’emploi ni qu’elle n’a pas permis d’en réaffecter une partie à la baisse des charges des entreprises; à la création de nouveaux emplois et, même que la lutte contre la corruption n’a pas permis jusque-là (4ans) de tirer du revenu supplémentaire pour les ménages les plus vulnérables, et que le pouvoir d’achat est demeuré faible et instable.
Un gris sombre qui m’amène à penser qu’il serait intéressant, de revoir la structure de notre économie et d’expérimenter un nouveau modèle économique plus solidaire de notre classe moyenne.
Portez-vous bien et surtout prenez soin de vous et de vos proches.
Boni Richard Ouorou










