EXCLUSIF/INTERVIEW: «Le Bénin doit développer un partenariat privilégié avec l’Inde…au-delà du régime de Patrice TALON » MARCUS BONI TEIGA 

A l’occasion de la visite au Bénin du Président de l’Inde, Ram Nath Kovind, notre journal La Dépêche a rencontré notre confrère Marcus Boni Teiga, écrivain, qui mène des recherches depuis plusieurs années sur l’Inde. Lisez ses étonnantes découvertes entre l’Inde et le Bénin notamment. Interview exclusive.

La Dépêche : Marcus Boni Teiga, vous êtes d’abord journaliste, écrivain, et historien il faut bien le dire aussi – Lauréat du Prix International Imhotep à Bruxelles pour l’ensemble de votre œuvre sur la Nubie antique -, parce que c’est à cela que vous vous consacrez plus maintenant. Vous êtes auteur de plusieurs ouvrages de référence sur l’histoire de l’Afrique antique, pourriez-vous nous en citer quelques-uns ?

Marcus Boni Teiga : A ce jour, la majorité de mes publications sont effectivement consacrées à l’Histoire de l’Afrique antique, à commencer par le premier paru en 2012 aux Editions Dagan La Nubie et les origines des peuples d’Afrique. Les deux derniers sont : Patrimoine : Le legs de l’Afrique Noire à la Grèce et la Rome antiques paru en juin 2019 et L’Egypte Antique et la Vallée du Nil : L’histoire cachée de l’origine négro-africaine des Égyptiens anciens paru en 2018 aux Editions Complicités à Paris. Ma passion pour l’Histoire en générale et l’Histoire de l’Afrique en particulier n’est pas nouvelle. Elle est même plus ancienne que ma passion pour le journalisme. La seconde avait pris le dessus sur la première. Et maintenant que je peux considérer que ma carrière de journaliste est derrière moi, j’ai décidé de revenir à mes premières amours. Surtout parce qu’il y a urgence partout en Afrique en ce qui concerne les sources traditionnelles et les langues. Ce n’est ni un mérite particulier et encore moins pour m’en vanter, j’appartiens maternellement à une longue lignée d’historiens traditionalistes qui remonte à plusieurs siècles en arrière. Je me considère comme quelqu’un qui reprend une tradition déjà bien établie et qui essaie de l’adapter à son époque.

Vous êtes très passionné par l’Inde qu’on sache, comment cette passion vous est-elle arrivée ?

Par hasard, en fait ! En travaillant un jour, je suis tombé sur un article du Professeur Bernard Sergent, un célèbre Indianiste français, auteur d’un livre d’érudition intitulé Genèse de l’Inde. Et comme j’avais déjà noté plusieurs éléments linguistiques et culturels qui m’avaient déjà interpellé concernant l’Afrique et l’Inde, j’ai décidé de le contacter pour lui faire part de mes propres observations. Nous avons échangé. J’ai ensuite échangé aussi avec la Professeur Michel Danino qui est un autre indianiste français qui vit en Inde et auteur de L’Inde et l’invasion de nulle part: Le dernier repaire du mythe aryen. Conforté dans mes découvertes, je me suis intéressé davantage à ce pays-continent dont généralement en Afrique on ne connaît que ses films de Bollywood et ses gourous et autres yogistes.

Selon nos informations, vous travaillez à prouver le lien indélébile qui lie l’Inde la plus ancienne à l’Afrique Noire la plus ancienne. Vous confirmez ?

C’est exact ! C’est une évidence, mais il s’agit d’apporter des éléments de preuves pour la démontrer de manière à convaincre même les plus sceptiques. Mon plus grand bonheur serait de prouver que le Sanskrit, c’est-à-dire la langue fondamentale de l’Inde moderne, tire ses racines des anciennes langues africaines de la Vallée du Nil. Et j’ai déjà rassemblé beaucoup d’éléments de preuves pour pouvoir en parler de manière argumentée et convaincante devant n’importe quelle audience. C’est même juste un euphémisme de le dire. L’Histoire de l’Afrique Noire antique nous réserve encore bien des surprises et des révélations.

Nous avons appris que vous avez déjà des contacts en Inde, lequel pays vous a même inspiré déjà un roman au-delà de vos recherches sur l’Histoire…

Effectivement, je suis en discussion avec des éditeurs et des universités en Inde. Il faut toujours du temps pour arriver à faire de belles choses. J’ai aussi un manuscrit en attente de publication sur l’Histoire de l’Inde et en particulier celle des Peuples Dravidiens du Sud de l’Inde dont je suis convaincu de leurs origines nubiennes. Entendez par là que je suis convaincu par les éléments de preuves linguistiques et culturels que j’ai pu étudier et comparer à cet effet. Je suis formel à ce propos et je peux en discuter avec n’importe quel spécialiste : les Natemba de l’Atacora au Bénin, le peuple auquel j’appartiens, partagent encore de nombreux éléments de culture avec l’Inde la plus ancienne dont les Dravidiens d’aujourd’hui et les Indiens sont les héritiers de manière générale. J’ai fait le pari que j’aurai raison en fin de compte sur mes découvertes et que les éléments linguistiques et culturels dont je dispose déjà me permettent de conclure la parenté entre les anciens Nubiens de la Vallée du Nil et les ancêtres des peuples dits Dravidiens en Inde. Et je suis ravi de voir que les dernières découvertes génétiques sur l’histoire du peuplement ancien de l’Inde, notamment à Rakhigarhi, sont en train de me donner raison. Il est des traces que nul de peut effacer. Les Africains ont tort de négliger leurs langues nationales et de ne pas investir dans leurs cultures. Les Humanités classiques africaines : cela restera le seul domaine dans lequel l’Afrique comptera dans la compétition mondiale à venir pendant que les autres se disputeront dans l’intelligence artificielle.

Et votre roman inspiré par l’Inde alors, qu’en-est-il exactement?

Je vous parlerai volontiers de mon roman en temps opportun. Mais pour être exact, il m’a été à la fois inspiré par l’Inde et le Nigeria. Et en ce moment, c’est mon ami Folu Agoi, écrivain, poète, universitaire, militant, ancien président de la section de Lagos de l’Association des auteurs nigérians (ANA) et actuellement président de PEN Nigeria, qui est en train de me relire et corriger le manuscrit. Car il est en anglais et cela faisait longtemps que je n’avais plus écrit en anglais. J’avais donc besoin de quelqu’un pour me rectifier là où j’écorche la langue de Shakespeare.

Au regard de tout ce que vous nous dites, que pensez-vous de la visite du président indien au Bénin et comment entrevoyez-vous les relations entre le Bénin et l’Inde ?

Marcus Boni Teiga

L’Inde est non seulement une grande puissance mais également une grande démocratie. L’Inde n’est pas une dictature. Le Bénin n’a donc rien à craindre de l’Inde contrairement à bien d’autres pays avec lesquels il a déjà d’intenses activités de coopération. Le Bénin doit développer un partenariat privilégié avec l’Inde…au-delà du régime de Patrice TALON. La crise sociopolitique au Bénin est passagère et la démocratie reprendra le dessus. Tout comme le règne de Patrice TALON ne saura excéder deux mandats constitutionnels, dans tous les cas de figure. J’ai vraiment du mal et de la peine à suivre le régime de Patrice TALON et tous ceux qui l’encouragent à s’emmurer dans une dictature que notre peuple n’acceptera jamais. Il y a cinq ans seulement que je suis parti du Bénin, mais je ne reconnais plus certaines Béninoises et certains Béninois qui pensent qu’ils vont nous faire peur pour diriger notre pays comme bon leur semble. Ils se trompent. Cela ne se passera pas au Bénin. Et ils seront très surpris.

Propos recueillis par Jos Perzo Anago

Encadré : Qui est Marcus Boni Teiga

Journaliste depuis une trentaine d’années et fondateur de Courrier des Afriques, Marcus Boni Teiga est aussi écrivain, antiquisant et spécialiste de la Nubie. Il est auteur de plusieurs ouvrages d’investigations notamment: La Nubie et les origines des peuples d’Afrique Tome I, La Nubie et les origines africaines des peuples, des langues et des religions du monde Tome II, La Nubie et les origines de la langue mère unique Tome III, aux Editions Dagan en France. Son premier roman intitulé Le fantôme de Cotonou paru aux Editions Nei/Ceda à Abidjan en Côte d’Ivoire a été Prix de l’édition 2016 au Salon international du livre d’Abidjan (SILA) et parmi les cinq finalistes du Prix Ivoire pour la littérature africaine d’expression francophone, édition 2016.

En France, il a été Secrétaire général de la Communauté nationale du culte vaudou et des religions traditionnelles du Bénin à la fin des années 1990.

Co-auteur de Journalisme 2.0 nouvelles formes journalistiques, nouvelles compétences à La Documentation française à Paris, il a collaboré à de nombreuses publications panafricaines et internationales. Lauréat en journalisme de la Fondation Reuter en 1994, Marcus Boni Teiga a reçu aussi en octobre 2014 à Bruxelles en Belgique le Prix International Imhotep pour l’ensemble de son oeuvre sur la Nubie Antique.

L’Egypte Antique et la Valee du Nil : L histoire cachée de l origine négro-africaine des Égyptiens anciens La Nubie et les origines africaines des Peuples, des Langues et des Religions du Monde

de N’PIÉNIKOUA Marcus Boni Teiga La NUBIE et les origines des peuples d’Afrique1 avril de N’PIÉNIKOUA Marcus Boni Teiga

Quelques œuvres de N’PIÉNIKOUA Marcus Boni Teiga
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