L’actualité ces derniers jours est marquée par un nouveau bras de fer entre le ministre de l’intérieur et de la sécurité publique, Sacca Lafia, et les partis traditionnels de l’opposition, notamment la FCBE, l’USL, R E et le PCB. Au cœur de la brouille, les nouvelles exigences du ministre de l’intérieur aux partis concernés. Aux yeux des responsables desquatre partis politiques en conflit avec l’autorité, les dernières exigences de Sacca Lafia, à l’analyse, relèvent carrément du surréalisme. Conséquence, aucune suite à attendre des partis politiques ciblés.

On peut tout reprocher au ministre de l’intérieur, sauf qu’il manque d’inspiration. Alors que l’opinion nationale le croyait dos au mur face aux partis de l’opposition demandeurs du fameux certificat de conformité, suite à la rencontre du chef de l’Etat avec les partis concernés le 15 juillet dernier au palais de la Marina, Sacca Lafia rebondit. Avec la manière en plus. Rappelons-le. Au sortir de cette séance des partis politiques de l’opposition avec Patrice Talon, celui-ci aurait donné de fermes instructions à son ministre de l’intérieur à effet de faciliter la délivrance du certificat de conformité aux partis politiques qui le réclamaient pour valider leur existence juridique. Mieux, le président de la république a clairement signifié que le dialogue national par lui annoncé ne se fera qu’avec les partis légalement reconnus. C’est donc de bon droit que les Béninois ont cru à la fin du calvaire pour les partis politiques de l’opposition, vulgairement exclus du scrutin du 28 avril dernier, à cause justement de ce document malicieusement dénommé « certificat de conformité ». Soit dit en passant, document surgi de nulle part, en plein processus électoral, imposé par la Cour constitutionnelle version Joseph Djogbénou comme pièce obligatoire constitutive du dossier de candidature aux dernières élections législatives. On connait la suite …

Le 18 juillet 2019 devrait donc consacrer la délivrance du précieux document  aux partis tels que la Force cauris pour un Bénin émergent- FCBE- de l’ancien président de la république, Boni Yayi, l’Union sociale libérale-USL- de Sébastien Germain Ajavon, arrivé troisième à la dernière présidentielle-2016- Restaurer l’Espoir-RE- de Candide Azannaï  et le Parti communiste du Bénin-PCB-.  Il n’en fut rien. A cause des nouvelles donnes décidées par Sacca Lafia.

Des exigences jugées démesurées

En lieu et place du certificat de conformité attendu par les responsables des partis politiques, Sacca Lafia brandit une série de nouvelles exigences. En somme, de nouvelles formalités administratives à remplir par les partis politiques en quête du certificat de conformité. On retiendra fondamentalement l’invite adressée aux responsables politiques de l’opposition de convoquer un nouveau congrès constitutif au nom de leur formation politique, seule condition, aux yeux du ministre de l’intérieur, pour se conformer aux dispositions de la loi 2018-23 du 17 septembre 2018 portant charte des partis politiques en république du Bénin. En outre, le ministre de l’intérieur demande bonnement aux responsables politiques en question, sans autre forme de procès, de rayer des instances dirigeantes des partis concernés le nom des membres fondateurs des formations politiques qui auraient quelque démêlé avec la justice. Sont évidemment identifiés le président d’honneur de l’Usl, Sébastien Germin Ajavon, le président d’honneur de la FCBE, l’ancien président de la république, Boni Yayi, Komi koutché, toujours de la FCBE, pour ne mentionner que ceux-là.  

 Vive et prompte réaction des responsables des partis politiques ciblés par le pouvoir de la rupture. Ceux-ci crient à l’illégalité des propositions ou des exigences de Sacca Lafia. L’Union sociale libérale monte au créneau le premier par le biais de son chargé de communication, Donklam  Abalo. « Après consultation des instances de notre parti, après consultation des militants…Et après avoir étudié naturellement les injonctions « illégales » du Ministère de l’Intérieur et de la Sécurité Publique, notre parti oppose un refus ferme et catégorique face aux écrits « illégaux » du Ministère de l’Intérieur », martèle le responsable à la communication de l’USL, très remonté contre Sacca Lafia.

Il n’en fut pas autrement chez les cauris. En réaction aux nouvelles exigences du ministre de l’intérieur, le porte-parole de la BCBE s’est permis  de revisiter  quelques  notions élémentaires de droit envers qui de droit. Ainsi, pour Nourénou Atchadé, les nouvelles exigences du ministre Sacca Lafia , «en plus d’être illégales et arbitraires, constituent une injure faite au parti». Pour cause, renchérit le porte-parole FCBE, aucune «loi de la République n’empêche tout fils ou toute fille de ce pays qui ne fait l’objet d’aucune condamnation par la justice, d’être membre d’un organe dirigeant d’un parti politique». Pour les FCBE, accéder à cette exigence revient à renoncer à la présomption d’innocence.

Pan sur le bec de Lafia

Et voilà. Les partis politiques ciblés par le pouvoir de la rupture n’entendent en rien céder aux injonctions incongrues du ministre de l’intérieur, lequel, décidément, donne l’impression de piétiner les principes basiques du droit. Pourtant, le Bénin reste et demeure un Etat de droit. A moins que Sacca Lafia veuille changer ce statut de notre pays. Car les frasques du ministre de l’intérieur en la matière commencent par exacerber. A preuve, cette boude de Sacca Lafia d’interjeter appel de l’arrêt N° 66/ CM/2019 du 25 juillet 2019 relatif au litige entre Bruno Amoussou et son ancien dauphin, Emmanuel Golou. Dans cette affaire, les juges ont tranché en faveur du second, au grand dam du premier. Sacca Lafia, pour ministre de l’intérieur qu’il soit, n’est nullement concerné par cette décision juridique. « Pas d’intérêt, pas d’action », impose le droit.  Et c’est connu sous tous les cieux. Sacca Lafia ne le savait-il pas ? Le cas échéant, il devra en faire les frais. « Nul n’a le droit de se prévaloir de ses propres turpitudes ».

Revenant aux nouvelles exigences du ministre de l’intérieur, que fera-t-il face à l’intransigeance des partis concernés ? Reviendra-t-il sur ces propositions très indécentes faites aux partis de l’opposition ? Le chef de l’Etat reste toujours dans la logique du dialogue national. Et seuls les partis légalement reconnus pourront prendre part à ces échanges nationaux destinés à décrisper l’atmosphère politique tendue au pays. Sacca Lafia endossera-t-il la lourde responsabilité de saboter le dialogue national tant attendu en campant sur sa nouvelle trouvaille de torpiller les partis politiques traditionnels de l’opposition ? Sacré Lafia.

Vincent Mètonnou   

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