Dans une chronique publiée sur sa page, l’auteur et politologue Richard Boni Ouorou s’est largement penché sur la dynamique de l’opinion publique, son évolution dans une société en pleine mutation et le « guidage » nécessaire dont pourraient se prévaloir «Les élites, les porte-paroles, les journalistes et autres professeurs» dans ce qu’il a appelle une «œuvre de pédagogie citoyenne». La panacée pour conjurer ce qui selon lui, relève dans un certain sens de la carence sociopolitique? A en croire l’auteur qui fait l’objet d’un roulis de critiques acerbes de certains de ces compatriotes depuis ses dernières prises de position au profit du dégel progressif de la crise que traverse le Bénin, «On juge, on évalue et on étiquette encore beaucoup trop au Bénin…». Et ce, «sur la base des affinités, des croyances, des sensibilités, des « certitudes partisanes », des « vérités » imposées». A tous ceux qui le suspectent d’être désormais proche du pouvoir du Régime Talon et les autres, la main sur le cœur, Richard Boni répond qu’«il n’en est rien, je vous l’assure». Il dit ne pas avoir viré de bord. Lire sa chronique.
Terrien,ne,s
Dans l’espoir que vous allez bien et je vous le souhaite vivement,
Plusieurs d’entre vous me disent avoir peine «à me suivre», croyant erronément que j’ai viré mon capot de bord, que je suis devenu pro-régime à la faveur de mes dernières prises de position au profit du dégel progressif de la crise qui secoue notre pays depuis 2016 et peut-être bien avant.
Il n’en est rien, je vous l’assure.
La convergence béninoise n’est pas liée à un parti politique ni à une personne en particulier, Président ou non; elle propose de se situer au-dessus des partis, des personnes.
Il y a une tendance naturelle, universelle selon laquelle on cherche spontanément des réponses rapides à nos craintes, à nos interrogations. Cela nous pousse à catégoriser, à vouloir trancher, à associer, à «mettre dans une case» sans trop se poser de questions. Du reste, les idéologies, les religions et – beaucoup aujourd’hui – le marketing nous offrent des réponses toutes faites qui semblent avoir le mérite, selon ce qu’on en saisit sur le coup, de clarifier et de simplifier les choses.
Mais tout n’est ni simple ni simplifiable dans la vie, notamment en ce qui concerne la politique, les modèles de développement, la gouvernance, la justice sociale, etc.
Il faut alors savoir être plus patient et prendre le temps de se faire une tête en y mettant également du sien. Sinon, on risque d’être une marionnette, de répéter et de réciter sans comprendre ce qui est dit « pour nous ».Il faut donc tolérer le doute, le questionnement et l’incertitude un certain temps.
Ce temps sert alors à la réflexion, à l’analyse, à la discussion, au débat. Mais pour que ce temps soit profitable, il faut des outils et des compétences de base. Or, au Bénin, la culture générale des citoyens n’a pas été, faute de scolarisation massive, de moyens financiers et de volonté politique par le passé, suffisamment nourrie aux fondamentaux de la science politique et de la sociologie.
On juge, on évalue et on étiquette encore beaucoup trop au Bénin sur la base des affinités, des croyances, des sensibilités, des «certitudes partisanes», des «vérités» imposées. La scène et l’auditoire politiques sont en un sens carencé socio-politiquement.
Les élites, les porte-paroles, les journalistes et autres professeurs doivent plus que jamais faire œuvre de pédagogie citoyenne. C’est grâce à celle-ci que les politiques publiques, leurs orientations et leurs objectifs pourront être mieux connus, compris et critiqués, le cas échéant.
Cela implique évidemment que les porte-paroles et les porte-drapeaux aient les compétences requises et les aptitudes pour donner au peuple des éclaircissements pertinents quant aux enjeux sociaux, aux problématiques sociales, aux dilemmes politiques, aux contraintes extérieures, aux défis nationaux, etc.
Il n’y a pas de convergence possible sans transparence et débats. Mais pour que cela fonctionne, il faut une attitude, une disposition d’esprit des citoyens et des leaders d’opinion: savoir apprendre, savoir écouter, évaluer objectivement, convaincre rationnellement, prendre position, etc.
Je prends un exemple qui va faire le pont avec ce que je vous disais d’entrée de jeu.
Lors de son entrée en fonction en marge de l’élection de 2021 – une élection très contestée et peu représentative de l’aspiration des populations, bien sûr – Patrice Talon a dit que son mandat – un mandat contestable, je le déplore moi-aussi – serait «hautement social».
Or, lorsqu’on les regarde de près,les lois votées dans le cadre de ce mandat sont effectivement à caractère social. Il faut bien le reconnaître, et cela ne veut pas dire qu’on doit encenser Talon pour le reste. Néanmoins, donc, nombre de ces lois ont l’amélioration des relations sociales pour objectif, même que plusieurs sont progressistes. Certaines sont essentielles, quoique formulées maladroitement, votées sous le bâillon et mises en œuvre sans consensus.
Il n’en demeure pas moins que ces lois participent dans leur esprit à la stabilité sociale du pays et à la modernisation des relations entre les personnes. Je pense par exemple aux lois sur l’avortement et aux dispositions ouvrant la possibilité pour une Béninoise d’identifier son enfant par son nom (comme les époux peuvent le faire).
Ces diverses mesures législatives, faiblement légitimes en apparence quant à leur genèse, ont un mérite. Il faut le reconnaître. Bien sûr, il faut aller plus loin et, pour ce faire, il faut dialoguer avec le Pouvoir (qui n’est pas une cause nécessairement perdue).
À court et moyen termes, donc, un dialogue national est hautement souhaitable, voire indispensable pour permettre au plus grand nombre possible de Béninois de se prononcer sur l’ensemble des lois et mécanismes mis en œuvre dans le cadre de la gouvernance Talon.
Cela dit, quand on a pour objectif de changer significativement sa façon de vivre en société, encore faut-il avoir des choses constructives, nuancées et validées à dire.
Le dialogue national que je souhaite voir s’amorcer dans le cadre de l’élan de convergence est une opportunité de type win/win : pour le pouvoir en place – bien que beaucoup de petits politiciens continuent de ne pas y croire – qui est en manque de légitimité et qui veut que ses réformes se fassent; pour le peuple qui sera incité à s’éveiller et à croire d’autant plus à la démocratie citoyenne que celle-ci leur fera une place, leur donnera un micro, une voix.
J’espère que les Béninoises et les Béninois comprendront rapidement l’importance d’un tel dialogue, qu’ils feront l’effort d’être réceptifs à toute pédagogie neutre et éclairante portant entre autres sur la sociologie et la politique.
Ensemble, nous pouvons nous battrons efficacement pour réclamer ce Grand Dialogue. Cela nous évitera – avant de passer à une autre étape – les voies de la frustration qui sont entrain de s’ouvrir en ce moment et qui menacent de nous condamner à un avenir non collectivement maîtrisé.
Faisons nos devoirs de citoyens et occupons intelligemment l’espace que la démocratie nous accorde. Tous peuvent avoir leur mot à dire dans un Bénin solidaire.
Comme l’a écrit Pascal : «S’ils sont plus grands que nous, c’est qu’ils ont la tête plus élevée, mais ils ont les pieds aussi bas que les nôtres».
Portez-vous bien et très bonne semaine,
Richard Boni Ouorou
Politologue/ Auteur










