C’est connu, tous ceux qui aspirent conquérir «convenablement» le pouvoir d’Etat et à l’exercer aisément se doivent de quérir et obtenir l’onction ce cette couche de notre communauté. Il s’agit bien entendu des usagers de nos universités nationales en générale et particulièrement celle d’Abomey-Calavi. Étudiants et enseignants de ce haut lieu de savoir ont, de tous temps eu leur mot à dire, leur partition à jouer dans le choix de tous ceux qui ont eu dans le passé à gouverner ou mieux encore, ceux qui auront l’ambition de porter les aspirations de cette nation. Aller à la rencontre du monde estudiantin, c’est le conquérir ou non. Un défi pour certain, un challenge pour d’autres. Ce pari a réuni les étudiants de l’université d’Abomey-Calavi et un non moins habitué du sérail, JFA. Le 04 août dernier, ces étudiants ont porté leur choix sur le professeur Joël AÏVO et le lui disent en face. Contrairement aux deux derniers rendez-vous électoraux organisés par le régime dit de la Rupture, la prochaine élection présidentielle ne se fera pas sans les étudiants.

Par Folashadé Manu
Comme les étudiants s’y attendaient, la tenue-même de cette rencontre était un véritable challenge au regard des nombreuses entraves faites à la liberté de réunion dans le Bénin de la Rupture. Les autorités de l’université d’Abomey-Calavi ne voulant pas d’une telle rencontre sur le campus, c’est finalement vers une esplanade privée que les étudiants se sont déplacés pour recevoir leur illustre invité de la soirée.
«Le Bénin dont nous ne voulons plus»
«Aujourd’hui je ne viens pas vous faire un cours de droit constitutionnel. Aujourd’hui je viens vous parler de choses bien plus graves, je viens vous parler du Bénin», a introduit le professeur Aïvo, après avoir rendu hommage à toutes les victimes de la répression des manifestations contre les législatives exclusives de 2019 et à l’étudiant Théophile Djaho, lui aussi abattu par la police alors qu’il manifestait pour réclamer de la protection contre la pandémie du nouveau coronavirus. «Voilà le Bénin dont nous ne voulons plus», a enchaîné Joël AÏVO, devant des étudiants émus et révoltés qui ont confié à L’Universitaire, leur désir de le voir incarner leurs aspirations lors des prochaines élections présidentielles. Mais la colère des étudiants ne s’arrête pas à la violation de leurs libertés. Ils ont dénoncé « l’abandon de l’enseignement supérieur par les autorités, le chômage qu’impose à la jeunesse la politique économique du gouvernement Talon, ainsi que l’épée de Damoclès que fait planer la fameuse loi sur l’embauche sur la tête des rares parmi eux qui auront la chance de trouver un emploi. «Si vous êtes déterminés à changer ça, dans 9 mois, c’est fini », a répondu l’orateur après avoir félicité son auditoire pour son courage. « N’ayez pas peur » leur a-t-il dit.

« Le moment est venu de faire une déclaration d’amour au Bénin »
Les représentants des étudiants n’ont pas manqué d’interpeller leur invité sur l’image que projette le Bénin depuis 5 ans à l’international. « Le Bénin est comme un champion qui a perdu sa couronne toutes ses couronnes. Elle a perdu celle de championne en démocratie, puis après des droits de l’homme, de la liberté d’expression », s’est désolé le professeur Aïvo, avant de se féliciter de ce que cette situation ait interpellé la conscience des jeunes étudiants qu’il invite à porter secours à leur pays qui est entrain de se noyer. Pour le faire, il faut s’armer de courage et accepter comme lui, de prendre des risques. Il invite les étudiants à surmonter la peur. «N’ayez pas peur. Le premier d’entre vous qui a peur est un homme mort», a-t-il conseillé. Pour lui, le danger est ambiant et si proche qu’on ne peut plus reculer. « Aucune réforme ne mérite que le sang humain coule, aucune réforme ne peut conduire à la confiscation du parlement», a-t-il fulminé avant d’inviter les étudiants à ne pas rester indifférents à la situation de leur pays». Il les invite à s’engager et à devenir comme lui et certains de ses compagnons de lutte, des «volontaires» au service du Bénin. «Le moment est venu de faire une déclaration d’amour au Bénin. Le moment est venu de dire «oui» au Bénin», annonce le professeur. «Le Bénin est gouverné dans la division. Il y a deux impératifs : rassembler et apaiser », a-t-il conclu.
Folashadé Manu










