Beninoise President Patrice Talon speaks during the inauguration of a symbolic exhibition to showcase artefacts looted by the French colonial soldiers returned to the country at the presidency in Cotonou on February 19, 2022. - Twenty-six artefacts seized by French colonial soldiers from the Abomey Kingdom in 1892 returned to Benin has been exhibited in Benin's capital Cotonou, and will be open tomorrow for viewing by the general public. (Photo by PIUS UTOMI EKPEI / AFP)

Depuis l’avènement du régime de la rupture, le Président Patrice Talon est sorti grand vainqueur des deux scrutins organisés sous son règne. Aux législatives de 2019, le chef de l’Etat s‘octroie 83 députés sur les 83 possibles. Sans commentaire. Aux municipales, le chantre de la rupture ne laisse que 7 mairies en rade, contre 70 dans son escarcelle. Seulement, inutile de ressasser les conditions dans lesquelles se sont déroulées ces deux consultations. L’élection présidentielle tend largement ses bras. Elle est prévue pour se tenir en 2021. Et sauf miracle, Patrice Talon sera candidat. Si la compétition est ouverte à d’autres candidatures et que la transparence s’invite enfin à ce scrutin, il est donc impossible à l’actuel locataire du palais de la Marina de conserver les clés des lieux.  

Les laudateurs, les férus et autres thuriféraires du régime de la rupture se sont déjà mis au travail. Ils suscitent, chacun à sa manière et selon ses moyens, la candidature du chef de l’Etat à la prochaine élection présidentielle. C’est de bonne guerre. Avril 2021, ce n’est plus loin. Et l’avenir appartient à ceux qui se réveillent tôt. Fort de cette sagesse, les partisans et courtisans du président de la république ont commencé le job. Et il est certain que leurs cris n’échoueront pas dans le désert. Ils recevront écho favorable.

Mais une chose est de se positionner pour l’élection présidentielle, une autre est de la gagner. Le chef de l’Etat relèvera-t-il le challenge en s’imposant à ses adversaires ? C’est là la grande interrogation. Et elle devrait préoccuper tous les fans de l’actuel patron de l’Exécutif, car les signaux ne présentent rien de bon, pour peu que le scrutin se passe selon les règles de l’art.

Une impopularité record

Certains caciques du régime de la rupture glosent sur le bilan du locataire du palais de la Marina. A leurs yeux, le bilan de leur champion, à quelques mois de la fin de son mandat, parait totalement positif. Pour ces derniers, il suffit d’ouvrir les yeux, du nord au sud, de l’est à l’ouest du pays pour se rendre à l’évidence. Evidemment, ici, on brandit le fameux projet dit de l’asphaltage. Le pays est en chantier. Tout le pays est en chantier, chantent-on du côté de la mouvance. Les rues bitumées çà et là suffisent-elles à accorder un second mandat à un chef d’Etat au Bénin ? La réponse ne fait l’ombre du moindre doute. C’est non.  Sinon, le premier chef d’Etat démocratiquement élu du renouveau, Nicéphore Dieudonné Soglo, d’ailleurs surnommé Hercule pour le gigantisme du travail par lui abattu au palais de la présidence de la république, aurait largement remporté le scrutin, même au premier tour. Pourtant, il n’en fut rien. Soglo fut battu par Mathieu Kérékou en 1996, alors que ce dernier fut précédemment « chassé » de la Marina 5 ans plutôt.

Or, en fin de mandat, le président Soglo figurait encore parmi les hommes les plus populaires du Bénin. Ce n’est nullement le cas de l’actuel chef d’Etat, lequel bat tous les records d’impopularité de chef d’Etat en fin de bail. Et les faits sont là, patents, parlants. Aux élections législatives d’avril 2019, scrutin fermé aux partis d’opposition, il suffit de voir comment la consigne de boycott donnée par l’opposition fut massivement suivie. A près de 80%, selon les opposants. Aux dernières municipales, les structures officielles ont beau annoncer un taux de participation de près de 50%, les Béninois ne sont pas dupes.

Supposons alors que le régime de la rupture se propose d’organiser l’élection présidentielle d’avril 2021 dans la transparence, c’est-à-dire selon les règles démocratiquement universelles reconnues, avec des structures indépendantes du pouvoir. Rien que pour se racheter par rapport aux deux précédents scrutins. Par quelle alchimie le chef de l’Etat sortant entend-il renouveler son mandat, comme le lui demandent déjà ses férus ? Sur quels thèmes de campagne surfera le chantre de la rupture pour solliciter et obtenir le suffrage de ses compatriotes ? Sur les déguerpissements musclés ? Sur les réformes tous azimuts, génitrices de massifs licenciements à la Sonapra, à l’OPT, au CNHU, à la Sonacop   et j’en oublie ? Au nom des lois liberticides votées par les septième et surtout huitième législatures ? Au nom de la révision unilatérale de la constitution du 11 décembre 1990 ? Au nom de la lutte « biaisée » contre la corruption ? Au nom de…

On raconte que les dés sont pipés en ce qui concerne la présidentielle d’avril 2021. Qu’à cela ne tienne. Sinon, on a beau scruter tous les pans de la vie sociopolitique et économique du pays, on ne voit guère le volet sur lequel le régime de la rupture a réellement brillé. Dans ces conditions, comment le chef de l’Etat sortant compte-t-il briguer un second mandat ?

Manu Folashadé.  

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Pourquoi son échec… 

Par Constant Sinzogan

La seule possibilité au Président Talon de gagner les élections c’est de ne pas en organiser de sérieuses et d’ouvertes. Autrement, il les perdra, lamentablement et copieusement. 

Il a beau être un animal politique, un calculateur froid, un planificateur de longue portée, c’est le Chef d’État élu qui ait la base électorale la plus friable et la plus étroite de toute l’histoire du Renouveau démocratique.

 Avec 23% des suffrages obtenus au premier tour en 2016 à partir d’une base électorale bien précise, il reste le seul candidat ayant gagné une élection présidentielle au Bénin avec moins de 30% des suffrages au tour précédent.  

Cette base électorale qu’on peut schématiser comme étant la colonne vertébrale de l’électorat Fon, s’étendant du plateau d’Abomey jusqu’à Cotonou élagué des 4 premiers arrondissements d’Akpakpa en passant par Allada, Toffo, Ouidah, Abomey-Calavi, Zê,  est la même que celle qui a servi de rampe d’installation du Président Soglo à la tête du pays. 

Constant Sinzogan

Mais chose importante à souligner, elle n’a pas pu aider l’ancien premier ministre de la période de transition de renouveler son bail à la Marina. De part ses caractéristiques, cette base n’aidera pas non plus l’actuel locataire de la Marina à rempiler. 

Car c’est une base électorale friable, indécise et surtout réactionnaire dont la sociologie électorale répond nettement à l’impératif de gouvernance démocratique qu’à l’impératif ethniciste et communautariste. 

En clair, ce n’est pas une base électorale qui développe des « réflexes de grotte » aux fins de protéger un candidat ethniquement sorti de ses rangs. C’est une base électorale qui vote et évolue au gré des intérêts de la préservation du patrimoine démocratique, de son raffermissement et qui projette son vote dans une perspective de la bonne gouvernance économique. 

Si les Présidents Soglo et Talon ont eu à se faire élire à partir de la même base électorale, il n’en demeure pas moins de constater que ce n’est pas non plus la même densité de suffrages que cette base a offert à chacun des 2 candidats.

 Si elle a placé le Président Talon deuxième pour être qualifié au second tour avec 23% des voix seulement, elle a propulsé quant au Président Soglo en tête du premier tour du scrutin en 1991 avec 36% des voix. 

C’est 13 points de différence en faveur du Président Soglo et c’est dire combien la base électorale du Président Talon est encore plus friable et plus étroite comme dans un mouchoir de poche. 

Ces 13 points, sa stature présidentielle et son alliance avec les chefs de fil du Couffo et de la Donga, Amoussou Bruno et Bio Tchané Aboudoulaye pourront les lui apporter et ça reste toutefois court dans la perspective d’un second tour. 

Au Bénin comme partout ailleurs en effet, le second tour du scrutin présidentiel est une question de dynamique et un Président sortant avec  35% des voix au tour précédent sera indubitablement pris dans la razzia de la dynamique électorale qui ne répond qu’en ce moment précis qu’à la sirène de l’alternance. 

 Le principal allié électoral du Président Talon, Sébastien Ajavon lequel lui avait apporté au second tour autant de voix que lui même en avait réalisées est débarqué de l’alliance stratégique dans des conditions scabreuses, le PRD qui pouvait lui servir d’allié tampon et consistant est incompréhensiblement, par ses soins, affaibli avec 0 élus, 0 représentation dans les instances exécutives. 

Ayant gouverné avec un jacobinisme effarant où il n’a rien laissé pousser à ses côtés comme ambitions et envergures, il sera difficile au Président Talon de puiser dans de une quelconque réserve. De réserves de voix, il n’en a pas préservées avec l’exil forcé de son principal allié Sébastien Ajavon et l’affaiblissement exécuté de son potentiel allié Adrien Houngbédji. 

De réserves de voix, il n’en a pas faites aussi avec l’absence de promotion de personnalités politiques fortes à ses côtés. 

Dans ces conditions, alors qu’une présidentielle au Bénin n’a jamais vraiment été pour un president sortant une question de défense de bilan (encore que là il n’aurait pas de bons arguments à faire valoir…), mais une question d’arithmétique électorale avec en toile de fond la prise en considération de marqueurs sociologiques forts liés à l’image sociable, sympathique et humaine qu’il dégage, il sera très difficile, voire impossible au Président Talon dont le niveau de perception à partir de ces marqueurs sociologiques est exécrable dans l’opinion publique de renouveler son bail à la Marina. 

En clair, le béninois a tendance à élire ou reconduire celui qui lui paraît « gentil » et à sanctionner celui qui lui paraît « méchant » et le Président Talon ne projette  indubitablement pas l’image de gentillesse au sein de l’opinion. 

Toutefois, tout ce qui précède n’a de valeur et de pertinence que si le scrutin de 2021 est organisé dans des conditions de transparence, d’équité et d’ouverture les plus irréprochables possibles. Sinon c’est une autre histoire.

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