La plupart des dirigeants du monde-des nations riches ou pauvres- avaient promptement parlé à leur peuple. Ils ont expliqué les stratégies par eux développées pour parer à la propagation du l’effroyable mal : le coronavirus. Que diantre attendait le président Talon pour s’adresser à son peuple dans le cadre de la lutte contre le covid-19 ? Cette question, beaucoup de nos compatriote se la posaient. Et de bon droit. C’est fait. Patrice Talon a parlé. Dans un entretien avec notre consœur Angela Kpeïdja de l’ORTB, le chef de l’Etat a enfin ouvert son cœur à ses compatriotes par rapport aux mesures gouvernementales prises et engagées contre le mal. Seulement, à l’arrivée, on a plutôt l’impression que le président de la république s’est contenté d’assurer le service minimum, sans véritablement rassurer ses compatriotes, demeurés sur leur faim et …leur soif.

«Si mes compatriotes n’ont pas encore eu l’occasion de m’entendre en personne, c’est bien parce que je suis à la tâche, jour et nuit, minute après minute ». A la bonne heure ! Le mutisme du chef de l’Etat béninois, Patrice Talon, devenait de plus en plus insoutenable. En effet, il devenait inadmissible que le président de la république ne se décidât pas à se prononcer sur la crise sanitaire mondiale à l’ordre jour, le coronavirus pour ne pas le nommer, alors que la plupart de ses pairs ont déjà parlé à leur peuple. A l’instar des autres, les Béninois voudraient savoir la politique réelle du pouvoir de la rupture quant aux initiatives déployées dans le cadre de la riposte du Bénin face au terrible mal qui sème terreur et horreur partout dans le monde.

Les Béninois avaient surtout besoin de savoir, le cas échéant, ce qu’il convenait de retenir des mesures d’accompagnement décidées par le gouvernement, en face des décisions pas toujours heureuses, mais indispensables déjà annoncées. Et plus les jours passaient, plus l’inquiétude grandissait. Certains compatriotes en sont arrivés à conclure qu’il ne fallait rien attendre de ce pouvoir en ce qui concerne les mesures d’accompagnement par rapport aux drastiques décisions gouvernementales-prises à juste titre- aux fins d’arrêter la propagation du coronavirus.

Les faits leur donnent raison

 Ce dimanche 29 mars 2020, Patrice Talon a enfin brisé son mutisme sur l’action de son gouvernement dans le cadre de la lutte contre la propagation du covid-19. Sur le petit écran de la chaine du service public, le chef de l’Etat s’est adressé à son peuple. Il a surtout expliqué les raisons qui fondent son silence. «Je sais combien il est indispensable, utile, de parler pour expliquer, rassurer et obtenir l’adhésion de tous à la stratégie et aux décisions, mais sachant que la plupart des Béninois nous font confiance, j’ai consacré mon esprit à l’analyse sereine de la situation et de toutes ses implications». Soit ! Mais au regard de la gravité de la situation, certes qui ne concerne pas exclusivement le Bénin,- la communication en la matière s’imposait. Et ici, il n’était pas question de se contenter de communiquer pour la forme. Nous sommes en communication de crise. Crise alarmante, planétaire, d’où un format approprié.

Ce dimanche, les Béninois ont eu l’impression que le chef de l’Etat a été contraint de s’exprimer. L’expression de l’état d’âme du président de la république, déterminante en la circonstance, était quasiment absente. Le décor ne présentait le moindre signe de gravité. Ce n’était nullement «les Français parlent aux Français» à la de Gaulle. Au demeurant, aucun dirigeant n’a emprunté un tel format pour s’adresser à son peuple dans le cadre de la croisade contre la propagation du coronavirus. Dans certains pays les chefs d’Etat ont choisi de faire un discours solennel à leur nation.  Ailleurs, d’autres ont carrément fait l’option d’une déclaration de guerre. Au Bénin on a préféré l’interview diffusée à une heure de petite écoute. Comme s’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat.

Mesures d’accompagnement, nenni !

Dans les propos du président de la république du Bénin, nulle trace de mesures d’accompagnement des «restrictions» imposées aux citoyens à partir de ce lundi 30 mars 2020 pour endiguer la propagation de la pandémie .C’est vrai, le Bénin ne roule pas sur l’or. Tout de même ! « …pour accompagner les réductions de mobilité ou les confinements, les pays riches débloquent des sommes faramineuses et certains font même recours à des solutions monétaires à peine déguisées, voire la planche à billets pour prévenir le chaos socio-économique inévitable autrement. Le Bénin notre pays, à l’instar de la plupart des pays d’Afrique, ne dispose pas de ces moyens. Et si nous ne tenions pas compte de tout cela, nous pourrions dans notre action, déclencher un chaos qui remettrait même en cause le minimum impératif de la lutte», argumente Patrice Talon, pour justifier l’absence quasi-totale des mesures d’accompagnement.

Si l’arsenal argumentatif présidentiel ne manque pas de pertinence, il reste que le Bénin n’est pas le pays le plus pauvre de l’Afrique. Loin s’en faut. Au contraire, au plan économique, notre pays parait même mieux loti que de nombreux d’autres. Pourtant, dans ces pays, oui, des mesures d’accompagnement ont été prises. Le Niger reste l’exemple le plus illustratif de ce que tout pauvre, on peut faire avec ces moyens à effet d’amoindrir le choc inévitable produit par les décisions prises par le pouvoir en place visant à contrer la propagation du mal planétaire actuel, le coronavirus.

Même si le confinement décrété par le gouvernement à partir de ce matin n’est pas rigide et de longue durée, il est évident que des Béninois en subiront les répercussions. Et elles ne sont pas heureuses. Mieux, le chef de l’Etat est lui-même convaincu des répercussions négatives inexorables du confinement sur certains ménages. Pourtant…

Un langage peu rassurant

Les Béninois mouraient d’envie d’entendre leur président se prononcer sur les résolutions du pouvoir de la rupture quant à la lutte contre le covid-19. Sur ce point, la polémique est terminée. Patrice Talon a parlé. Mais si le chef de l’Etat a fini par sortir de son mutisme, il n’a point comblé les attentes des millions de ses compatriotes qui l’attendaient surtout sur un autre volet, celui des mesures d’accompagnement  quant au confinement et autres décisions retenus par le pouvoir de la rupture en vue de contrer la propagation du coronavirus. Du coup, et de l’avis de nombre d’analystes politiques, si le locataire du palais de la Marina s’est résolu à s’adresser à son peuple, il s’est juste contenté d’assurer. Il n’a pas rassuré.

Vincent Mètonnou.    

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