19 janvier 1965, 19 janvier 2020. Sébastien Germain Ajavon a bouclé 55 ans. Hier, le président d’honneur de l’Union sociale libérale, USL, a soufflé une bougie de plus. Évidemment, l’événement passa sous silence, pour des raisons déjà connues de tous les Béninois. Même si les affaires, et entreprises de celui qui est considéré comme le plus sérieux challenger de Patrice Talon en 2021 sont noyées, on ne peut s’empêcher de lui souhaiter joyeux anniversaire.

Le président de l’USL a soufflé hier, 19 janvier 2020, son 55 ème anniversaire. Dans l’histoire des nations modernes, c’est à cet âge que l’on est, de plus en plus, hissé aux plus hautes fonctions de l’Etat. Les exemples deviennent légion. Barack Obama aux Etats Unis d’Amérique, Nicolas Sarkozy et Emmanuel Macron en France, pour ne citer que ces nations. C’est dire que Sébastien Germain Ajavon détient encore son destin en main quant à la possibilité d’occuper un de ces jours les plus hautes charges de l’Etat dans son pays. Pour le moment, on n’en est pas encore là. Pour l’instant, il convient de s’intéresser aux nuisances de toutes sortes dont le roi de la volaille est victime depuis son exil forcé.

Rayé du monde des affaires au Bénin

« Pourquoi lui fait-on autant de misères ? Cet homme ne mérite certainement pas toutes les nuisances qu’on lui crée. Depuis que les difficultés de Sébastien Germain ont commencé, nous recherchons, au niveau des services des impôts, un remplaçant pouvant combler le vide par lui laissé. En vain ». Ainsi se plaignait un citoyen l’autre jour au cours d’une discussion entre amis sur les performances supposées des régies financières au cours de l’année écoulée. Simple agent de son Etat, sans parti politique à lui connu, ce fonctionnaire des services des impôts déplorait, sans parti pris, le manque à gagner pour le fisc depuis l’exil forcé de Sébastien Germain Ajavon.

Et ce fonctionnaire de l’Etat ne pense pas si bien dire. Faut-il le rappeler, avant ses déboires avec le pouvoir en place, Sébastien Germain Ajavon fut identifié sur plusieurs années comme le premier contributeur fiscal du Bénin. Sa contribution annuelle dans les caisses de l’Etat central était évaluée à des milliards de nos francs. Par ailleurs, Sébastien Germain Ajavon employait un nombre impressionnant de Béninois dans ses diverses entreprises, du reste bien rémunérés, enregistrés à la Caisse nationale de sécurité sociale-CNSS-. De Djeffa   au port autonome de Cotonou, sans oublier l’ensemble des magasins implantés sur toute l’étendue du territoire national, le roi de la volaille appartenait à la classe de ceux que l’on considérait véritablement comme « opérateurs économiques ». Donc à la classe de ceux qui contribuaient effectivement à la production de la richesse nationale, ou encore au produit intérieur brut, c’est-à-dire le PIB. D’ailleurs, ce n’est pas un hasard qu’il fut élu président du conseil national du patronat du Bénin, avec le titre de « patron des patrons ».

Dans les pays modernes, soucieux du développement économique de la nation, et surtout conscient des conséquences désastreuses du chômage des jeunes, l’Etat offre des facilités fiscales à ces types d’opérateurs économiques aux fins de les encourager à créer davantage d’emplois. Mais au Bénin, depuis que le président du patronat a décidé de se lancer en politique, la plupart de ses entreprises sont à la ruine. La dernière  en date est Soleil FM, dont les employés sont désormais collectivement licenciés. Des pères et mères de famille qui se retrouvent du jour au lendemain dans la rue.

Pas meilleur sort en politique

Alors que l’Union sociale libérale-USL- était créditée d’un bel avenir au plan politique, le parti fut exclu des législatives passées, à l’instar des autres partis politiques de l’opposition. Motif officiel invoqué, défaut de certificat de conformité. Depuis, le précieux document est « distribué », tel un cadeau, par le ministre de l’intérieur à qui il veut. Le dernier bénéficiaire du fameux certificat a nom Force cauris pour un Bénin émergent. Oui, la FCBE de Boni Yayi est désormais légalement reconnu comme parti politique au Bénin. Pendant ce temps, personne ne se préoccupe au ministère de l’intérieur du sort de l’USL. Mieux, ses militants sont l’objet de démobilisation tous azimuts, et partant, de débauche à la limite sauvage.

Pour autant, Sébastien Germain Ajavon, tel un roseau, plie. Mais il ne rompt pas. L’homme garde encore espoir. Et c’est tant mieux pour la république.

Manu Folashadé         

Encadré           

  “You'll never walk alone" (“Tu ne marcheras jamais seul") Par Constant Sinzogan

Constant Sinzogan

Pendant la « longue marche «entre 1934 et 1935, 100.000 militants communistes abandonnèrent ou périrent en chemin, et pourtant au terme de cette hécatombe qui créa le désert autour du « Grand Leader », Mao proclama la République populaire de Chine. 

Quand De Gaulle rejoignit Londres en 1940 croyant encore en la victoire de la France qui est défaite par l’Allemagne et contrainte à la capitulation, il n’était suivi que par un très petit nombre de fretins, pour la plupart hommes du rang, avec  seulement le Général Leclerc comme compagnon de rang d’importance. Et pourtant, 4 ans plus tard, il entra dans un Paris libéré.  

En 1995 Jacques Chirac était presque seul toute sa famille politique y comprise sa garde rapprochée avec à leur tête Nicolas Sarkozy se sont déportés vers Balladur, premier ministre de droite et tête de gondole dans les intentions de vote. Et pourtant c’est Chirac qui franchit le perron de l’Elysée au terme du scrutin présidentiel.

 En 2016, Patrice Talon n’avait que 3 véritables pontes politiques ( Sacca Lafia, Djogbénou, Azannaï) autour de lui, contrairement à Zinsou et Ajavon qui comptaient une ribambelle de soutiens. Et pourtant c’est lui Talon qui s’installa dans le fauteuil à la Marina. 

Les exemples pour illustrer la solitude dont peuvent généralement souffrir les leaders dans la course à la conquête du pouvoir sont légion. 

Sébastien Ajavon expérimente cette solitude depuis quelques temps. Je ne dirais pas que c’est un prélude à la conquête du pouvoir, mais je dirais que c’est un épisode nécessaire à tout leader pour se donner du coffre et pour épaissir son cuir. C’est presque indispensable sur le chemin de l’accomplissement. Car un arbre dans sa mue et dans sa croissance a besoin d’être élagué de certaines branches afin de densifier son volume et de s’enraciner davantage. 

Ceux qui, au milieu du gué, abandonnent la troupe, ceux qui, pendant la tempête quittent le navire, n’ont pas tort de se sauver. Cette décision correspond certainement à leurs intérêts et à leur niveau de conscience. On ne peut pas en vouloir à quelqu’un de quitter un groupe, un courant auquel il avait librement adhéré. C’est un choix libre et souverain. 

Ce qu’on peut par contre légitimement leur reprocher c’est de mettre en scène leur départ. Pourquoi une démission devrait-elle faire l’objet de communication alors que l’adhésion précédemment n’a pas connu le même traitement ? C’est à croire de ce fait que c’est une entreprise de déstabilisation  et de conditionnement de l’opinion. 

Mais celui qui marche ne se fait pas facilement déstabiliser par les départs autour de lui. Car même abandonné de tous, il se fait accompagner tout au moins et toujours par son ombre. Et c’est d’ailleurs pourquoi les fans de Liverpool Football Club, sentant la difficulté de leur équipe sur la pelouse et dans l’intérêt de mobiliser davantage les joueurs, entonnent toujours la célébrissime chanson de Richard Rodgers et Oscar Emmelstein :  » you’ll never walk alone »…jamais, seul, tu ne marcheras…  Aux barcelonais d’apprécier !

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