Si on considère qu’environ 20% du budget général du Bénin provient des taxes perçues par la Douane sur le commerce entre le Bénin et le Nigéria, on peut aisément en conclure, au regard du projet de loi des finances exercice 2019 qui s’établit à 1877,543 milliards de francs CFA que du côté Béninois, plus de 375 milliards sont compromis du fait des transactions commerciales formelles. Ce gap pourra se constater si cette situation perdure.

Le 20 aout dernier, le Nigéria a fermé, unilatéralement et sans préavis, ses frontières terrestres avec le Bénin. Au lieu de reconnaitre la gravité de cette mesure et partant, rechercher les voies et moyens aux fins d’une solution rapide à la crise, certains griots de la rupture l’avaient banalisée, au motif que le Bénin pouvait se passer du Nigéria. Un mois après, la vérité se fait jour. L’économie béninoise commence par pâtir de la drastique mesure de son voisin. Et comme pour porter l’estocade, le géant voisin décide de reconduire la mesure.  Jusqu’à nouvel ordre. Le Bénin supportera-t-il encore longtemps les fâcheuses retombées du blocus nigérian ? Au-delà de la lutte contre la contrebande servie par le Nigéria, d’autres raisons ne justifieraient-elles pas le la fermeture des frontières avec le Nigéria ?

Telle une bombe, la nouvelle est tombée sur le Bénin le 20 aout dernier. Le Nigéria a décidé de fermer ses frontières terrestres avec son voisin, le Bénin, et ce, pendant au moins 28 jours. Selon les autorités d’Abuja, cette mesure s’inscrit dans le cadre de la nouvelle politique du Nigéria de mener une lutte plus efficace et plus efficiente contre la contrebande, considérée par les gouvernants nigérians comme un véritable goulot d’étranglement de leur économie. Le Nigéria pointe notamment un doigt accusateur contre le commerce frauduleux de certains produits vivriers vers leur pays, en l’occurrence le riz et l’huile. Voilà la raison officielle servie par Abuja.

Evidemment, au regard du poids des échanges commerciaux qui se développent entre les deux pays, une telle mesure ne saurait manquer de répercussions fâcheuses, de part et d’autre, notamment du côté de Cotonou. Et au lieu de se rendre aussitôt à l’évidence de la menace que pouvait constituer une telle mesure sur l’économie béninoise, certains griots du pouvoir en place, mus par on ne sait quel chauvinisme du reste de mauvais aloi, ont cru devoir banaliser la mesure prise par Abuja. Pour ces mouvanciers endurcis, le Bénin pouvait bien vivre sans son géant voisin de l’est.

La vérité ne tarda pas à se faire jour. Dure et amère. L’économie béninoise commence par plier sous le coup des conséquences négatives de cette fermeture des frontières terrestres nigérianes. Si les thuriféraires du pouvoir de la rupture se refusent à reconnaitre les torts causés au Bénin par la mesure des autorités d’Abuja, le ministre d’Etat, lui, certainement plus lucide que ses amis politiques, accepte de regarder la vérité en face. De l’avis du coordonnateur du Bloc républicain, Abdoulaye Bio Tchané, dont les propos sont rapportés par notre confrère Jeune Afrique, parution du 15 septembre 2019, le ministre du plan et du développement il n’y a  point d’illusions à se faire sur les conséquences sinon désastreuses, du moins forcément négatives de la fermeture des frontières nigérianes sur l’économie nationale. Ainsi, pour le numéro deux du gouvernement béninois, le blocus nigérian entrainera inexorablement une réduction du volume d’échanges, et partant, des recettes douanières prévues par le Bénin au titre de l’année en cours. Le ministre en conclut à un amenuisement des ressources globales de l’Etat attendues cette année. Le ministre d’Etat n’annonce, certes, aucun chiffre. Sans doute par décence politique. Mais il est patent que si la fermeture perdurait, plus de 375 milliards de nos francs échapperaient au Bénin. Poursuivant dans son analyse, et sans langue de bois, Aboudoulaye Bio Tchané craint un impact négatif sur les recettes fiscales, donc forcément sur la croissance économique prévue au titre de 2019, ainsi que celles des années à venir, en cas de prolongation de la mesure de fermeture des frontières. Hélas, c’est ce qui arriva. Mardi, 17 septembre dernier, c’est à dire après l’expiration des 28 jours précédemment fixés par le Nigéria pour revoir la mesure de fermeture de ses frontières terrestres avec le Bénin, Abuja ne trouva mieux que de reconduire la mesure de rétorsion. En d’autres termes, le géant voisin de l’Est décida de maintenir fermées ses frontières terrestres avec le Bénin.

Au-delà de la contrebande

. Dans certains milieux béninois, on taxe le Nigéria d’exagération avec la reconduction de la fermeture des frontières par lui décidée. Possible. Mais on se doit de reconnaitre, avec cette crise, le laxisme des autorités de Cotonou face aux nombreux avertissements du Nigéria  sur la contrebande provenant du Bénin, selon Abuja.  D’abord, le ministre nigérian de l’Agriculture, Audu Ogbeh . En juin 2018, sans la moindre décence diplomatique, le ministre indexa un pays frontalier qui menace l’économie nigériane du fait de ses importations massives de riz qu’il réexporte vers le Nigéria. Pratique qui, à terme, nuit à l’économie nigériane. Ce ministre dira en substance ceci : «Notre autre problème est la contrebande. Actuellement, il y a un de nos voisins qui importe du riz plus que la Chine. Pourtant, on ne consomme pas de riz étuvé dans ce pays mais du riz blanc. Ils utilisent donc leurs ports pour nuire à notre économie. Il y a donc une urgence et je le dis maintenant parce que dans quelques jours, vous entendrez que la frontière est fermée. Nous allons la fermer pour vous protéger, nous protéger et aussi protéger notre économie malgré tout ce que vous allez entendre de négatif sur internet ».Le ministre voilait à peine sa menace. Pourtant, aucune voix du côté de Cotonou ne donna le change au ministre nigérian de l’agriculture. Et aucune mesure ne fut prise non plus pour prévenir le danger pourtant imminent.

Un an plus tard, soit précisément  le samedi 8 juin 2019, à l’occasion de la «Table ronde consultative sur la croissance de la CBN», tenue à Lagos, au Nigeria, l’homme d’affaires et milliardaire, Aliko Dangote, profitera de cette tribune pour fustiger à nouveau  l’attitude du Bénin. Selon la première fortune africaine, le Bénin favorise la contrebande vers le Nigéria, ce qui fragilise le tissu économique de ce géant Etat de près de 200 millions d’habitants. Jetant le pavé dans la marre béninoise, Dangoté va déclarer : «Aucun pays ne peut survivre avec un voisin comme la République du Bénin… Leur principal travail est de faciliter la contrebande ». Le milliardaire conclut ses propos, derechef : « Le plus grand défi pour l’économie du Nigeria est de mettre un terme à la contrebande organisée par le Bénin vers le Nigeria». Tout de même. Ça commençait par faire trop. Et toujours aucune réaction du côté des autorités béninoises. Silence radio. Silence coupable. Preuve que le Bénin se reprochait certainement des choses.

Pourtant…

Ce fameux «nous allons prendre des mesures draconiennes contre le Bénin pour éviter la contrebande » du milliardaire Ali Dangoté, très écouté dans les milieux financiers et politiques au Nigéria, semble bien se dessiner en filigrane à travers les dernières mesures de fermeture des frontières décrétées depuis le 20 août 2019.

En effet, depuis ce jour , le gouvernement fédéral s’est engagé dans des projets visant à fermer les frontières terrestres à l’échelle nationale dans le cadre de mesures visant à renforcer la sécurité nationale et la sécurité des citoyens et à lutter contre les activités criminelles.

Le mouvement coordonné par le Bureau du conseiller national à la sécurité (ONSA) vise, selon une source, à prévenir les activités des bandits, les migrations illégales, l’afflux d’articles prohibés et à renforcer la sécurité des communautés considérées stopper l’importation du riz qui est interdite. Ces mesures, il faut le dire, concernent surtout le Bénin et notamment le port de Cotonou, véritable porte d’entrée de divers produits destinés en réalité au gigantesque marché nigérian.

Ces nouvelles mesures de fermeture des frontières terrestres dureront dans un premier temps, 28 jours à compter du 20 août 2019. Les 28 jours sont passés le 17 septembre 2019. Au lieu de lever la mesure, le Nigéria décida de la maintenir. Cette fois-ci, jusqu‘à nouvel ordre. Cette fermeture ainsi que les restrictions de mouvements, seront exécutées conjointement par tous les services de sécurité et de renseignement du gouvernement fédéral et viseraient à maitriser les mouvements de personnes suspectes, allusion faite sans doute au groupes et mouvements terroristes. Les autorités fédérales ont par ailleurs envisagé, dans le cadre de cette opération, mettre sous contrôle toutes les zones jusque-là non habitées le long de vastes étendues de communautés frontalières, à travers des actions concertées entre les structures des armées et des renseignements, le partage d’informations, la coordination et le soutien entre les différents services.

Mais au-delà de la lutte contre la contrebande évoquée et brandie par Abuja pour fermer ses frontières terrestres avec le Bénin, certains analystes économiques mettent en cause quelques aspects de la politique économique et fiscale du Bénin. Ici, on cite le PVI et Bénin Control.  

C’est dire que ce n’est certainement pas demain la veille de la levée de la mesure de fermeture des frontières terrestres nigérianes avec le Bénin. Pour quelles conséquences sur les caisses de l’Etat ?

Esmer Kakpo.

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